Nicolas Chilard de retour sur les tatamis après quatre ans de suspension

Ce mardi 3 novembre, Nicolas Chilard remonte sur un tatami en compétition, quatre ans après sa dernière apparition. Le judoka français des moins de 81 kg combat avec son nouveau club, Juniville, face au Judo Nice Métropole en Pro League. C’est son premier combat officiel depuis la suspension de quatre ans prononcée par le Tribunal arbitral du sport, qui a pris fin le 29 octobre. Dans un long entretien accordé à RMC Sport, il revient sur ces années et fixe un cap clair : les Jeux de Los Angeles.

Perth, octobre 2022 : le contrôle qui a tout arrêté #

Le 30 octobre 2022, Nicolas Chilard remporte le tournoi de Perth, en Australie. Il fait alors partie des meilleurs moins de 81 kg de la planète. À l’issue de la compétition, il est contrôlé positif à l’ostarine, une substance interdite par le code mondial antidopage. Après une longue procédure, le Tribunal arbitral du sport le condamne à quatre ans de suspension.

Le judoka se souvient du moment où il l’a appris. Il était en stage au Japon après le tournoi de Tokyo, et il a reçu un mail marqué « Confidentiel » en rouge. Il a d’abord cru à un spam. Puis il a vu les destinataires : la Fédération française de judo, la Fédération internationale, l’Agence française de lutte contre le dopage et l’Agence mondiale antidopage.

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La thèse de la contamination

Depuis le début, Chilard affirme n’avoir jamais pris ce produit. Il s’appuie sur l’expertise d’un professeur qui a analysé ses cheveux, ses ongles et ses poils sans y retrouver d’ostarine. « C’est une contamination involontaire », répète-t-il à RMC Sport. Cette thèse n’a pas convaincu les instances, et la suspension a été maintenue jusqu’à son terme.

Une suspension pour dopage ne prive pas seulement de compétition. L’athlète n’a plus accès à aucune structure fédérale : pas de club, pas d’entraînement encadré, pas de stage. « Du jour au lendemain on te dit que tu ne peux plus t’entraîner, tu ne peux plus faire ta vie », raconte-t-il.

Quatre ans loin du judo #

Le judo était son métier. Il a donc fallu travailler autrement. Chilard a été employé dans un studio de coaching à Paris, puis l’un de ses sponsors lui a appris le métier de l’expertise en assurance. « Pour ne pas penser je me suis noyé dans le travail », confie-t-il.

Le plus difficile, dit-il, a été d’accepter de ne pas disputer les Jeux de Paris 2024. « Ce sont des années perdues en termes de pratique de judo, en compétitions, en points et surtout ce que j’ai perdu ce sont les JO à Paris. » Il y voit tout de même un revers positif : quatre ans sans blessure, et un corps reposé.

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Une reprise préparée au Japon et en Géorgie #

Il a été autorisé à reprendre l’entraînement le 31 août 2026. Dès le lendemain, il est parti un mois au Japon, puis une dizaine de jours en Géorgie. Avec son entraîneur, l’idée était de faire « un gros bloc de foncier en termes de combats ». Les randoris japonais, nombreux et intenses, sont la meilleure façon de retrouver le rythme d’un combat après une longue coupure.

Il s’entraîne en France depuis la mi-octobre. Pour le pratiquant de club, c’est un rappel utile : la technique se garde, mais l’enchaînement des combats, la lecture des saisies et la gestion du souffle se perdent vite. Elles ne reviennent qu’en multipliant les randoris face à des partenaires variés.

Un retour devant une salle pleine #

Le cadre de ce retour n’a rien d’anodin. La Pro League, la ligue de judo par équipes de clubs, fait étape ce mardi à Rethel, dans les Ardennes. Selon L’Ardennais, la soirée affiche complet depuis deux semaines. Juniville y reçoit Nice.

Le format par équipes ajoute une pression particulière. Un combat perdu ne pèse pas seulement sur un palmarès personnel, il peut faire basculer une rencontre. Pour un athlète qui n’a plus combattu en officiel depuis 2022, c’est un test grandeur nature, devant un public nombreux.

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Objectif Los Angeles 2028 #

Le programme qui suit est chargé. Chilard prévoit un tournoi à Montréal le 8 novembre, puis un stage, une étape à Rome et de nouvelles journées de Pro League. Le but est de revenir sur le circuit de la Fédération internationale et d’y regagner des points.

Son objectif est clair : entrer dans les 18 premiers mondiaux et devenir le meilleur Français de sa catégorie pour être sélectionné aux Jeux. Dans les moins de 81 kg, la concurrence française est rude, et le temps est court. Il en a conscience : « J’ai deux ans à faire à bloc, intelligemment, avec détermination et sans se précipiter. » Le mot d’ordre avec son staff est de doser l’entraînement et d’éviter la blessure.

Ce que l’on retiendra de ce retour

Au-delà du débat sur sa suspension, le parcours de Nicolas Chilard montre la fragilité d’une carrière de haut niveau. Il rappelle aussi la vigilance que demande la lutte antidopage, jusqu’aux compléments alimentaires et aux produits du quotidien. Il montre enfin ce que représente une reprise après une longue coupure : du volume de combats, de la patience, et une planification construite avec son entraîneur.

Ce soir à Rethel, ce sera son premier combat avant de pouvoir parler de qualification olympique. Comme il le dit lui-même : « La page qui se tourne c’est le bonheur. »

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