Trois semaines après des championnats du monde de Bakou décevants pour les Bleus, le circuit mondial a repris jeudi 29 octobre avec le Grand Chelem d’Abou Dhabi. La France n’y avait pas envoyé son équipe type mais une sélection « club », composée en grande partie de judokas qui cherchent du temps de combat et des points au classement. Le premier jour lui a pourtant rapporté deux médailles : l’or de Martha Fawaz en -57 kg et l’argent d’Amandine Buchard en -52 kg.
Pour un club comme le nôtre, ce genre de journée vaut d’être regardé de près. On y voit des choix tactiques, des retours de blessure ou de mise à l’écart, et des techniques de base qui font la différence au plus haut niveau.
Plan de l'article
Martha Fawaz, un titre construit combat après combat #
Licenciée à l’US Orléans Loiret, Martha Fawaz arrivait aux Émirats comme tête de série numéro 3 et neuvième mondiale. Elle avait disputé l’épreuve par équipes des Mondiaux de Bakou au début du mois. Selon le récit de L’Esprit du Judo, elle a passé trois tours en marquant chaque fois le seul avantage du combat, face à l’Allemande Laila Goebel, à la Britannique Acelya Toprak puis à la Croate Ana Viktorija Puljiz, septième mondiale.
En finale, elle retrouvait la Brésilienne Shirlen Nascimento. D’après le compte rendu de la Fédération internationale de judo, c’est la Brésilienne qui a marqué la première, sur un kata-guruma tout proche de l’ippon. Fawaz a égalisé sur un osoto-gari, puis a pris l’avantage décisif avec un o-uchi-gari qui a renvoyé son adversaire en arrière pour un second waza-ari.
La Française a expliqué à l’IJF qu’un an plus tôt, elle ne savait même pas si elle pourrait continuer le judo. Sa stratégie, a-t-elle ajouté, consistait à « peser là où elle est la plus forte » et à mener le combat du mieux possible. La longue accolade entre les deux finalistes a marqué la fin de la journée.
Ce que les judokas de club peuvent en retenir
Osoto-gari et o-uchi-gari font partie des premières techniques apprises sur le tatami, bien avant les ceintures de couleur avancées. Les voir décider d’une finale de Grand Chelem rappelle qu’on ne gagne pas seulement avec des mouvements rares. La préparation du déséquilibre et le timing comptent au moins autant.
Le scénario de la finale montre aussi qu’un waza-ari concédé tôt ne condamne pas un combat. Fawaz est restée sur son plan au lieu de se précipiter, ce que les entraîneurs répètent aux compétiteurs de tous âges.
À lire Judo : l’élite européenne des clubs s’affronte samedi au Dojo parisien
Amandine Buchard, le retour en argent #
Le deuxième podium français est venu de la catégorie des -52 kg. Amandine Buchard, double médaillée olympique, aujourd’hui licenciée au Sporting Marnaval, n’avait pas été retenue pour les championnats du monde de Bakou. Abou Dhabi marquait son retour en compétition, après une sixième médaille continentale décrochée aux championnats d’Europe de Tbilissi.
Sa journée a été maîtrisée, avec notamment un balayage remarqué sur la Hongroise Roza Gyertyas, septième des derniers Mondiaux. En finale, elle a été battue par la Croate Tihea Topolovec, 65ᵉ mondiale, sur un uchi-mata placé à une quinzaine de secondes de la fin, selon L’Esprit du Judo. La Croate, qui venait de changer de catégorie de poids, signe là une belle entrée en -52 kg.
La médaille d’argent a un goût de revanche pour Buchard, qui a laissé entendre après la finale que sa non-sélection pour les Mondiaux lui restait en travers de la gorge. Elle a désormais une médaille de Grand Chelem à opposer aux choix du staff.
Les autres Français du premier jour #
Le bilan aurait pu être plus fourni. En -48 kg, Mélanie Legoux-Clément, du Sporting Marnaval elle aussi, a atteint les demi-finales. Elle a ensuite perdu le match pour le bronze au sol, immobilisée en kata-gatame par la Russe Marina Vorobeva, et termine cinquième. Léa Beres, engagée en -52 kg, n’est pas classée.
À lire Judo français après Bakou : la réunion clubs et staff du 26 octobre pour changer de chemin
Chez les hommes, la journée a été plus difficile. En -60 kg, Enzo Jean (PSG Judo) a été contré deux fois par le Britannique Charlie Ayre. En -66 kg, Kelvin Ray, remarqué à Bakou face au double champion olympique Hifumi Abe, est tombé en huitième de finale face au Bahreïni Sukhrob Boqiev. Ce dernier, 277ᵉ mondial, a ensuite remporté la catégorie, l’une des surprises du jour. Les résultats complets sont publiés par L’Esprit du Judo.
Pourquoi ce Grand Chelem compte pour la suite #
Abou Dhabi est le premier rendez-vous du circuit mondial depuis Bakou. La Fédération internationale y a recensé 59 délégations. Pour la France, l’enjeu dépasse le tableau des médailles. Après un championnat du monde jugé en deçà des attentes, le judo français a ouvert une réflexion avec ses clubs et son encadrement. Ce Grand Chelem permet de voir où en sont les judokas qui n’étaient pas au premier plan à Bakou.
Le tournoi, organisé à la Mubadala Arena, se poursuit jusqu’au samedi 31 octobre, comme l’avait annoncé l’agence émiratie WAM. Les catégories plus lourdes prennent le relais sur les tatamis.
Si vous entraînez des compétiteurs au club, la finale de Martha Fawaz est un bon support vidéo à revoir avec eux. On y voit un score à remonter, deux techniques de base appliquées au bon moment et une combattante qui garde son plan jusqu’au bout.
À lire Catégorie minimes en judo : âges, règles et différence avec les grades




